Pr Édith Delphine EMMANUEL
Directrice scientifique
M. Daphtone LEKEBE OMOUALI
Directeur de publication
Le premier numéro de la Revue des Sciences Juridiques et Politiques (RCSJP) de l’année 2026 ne déroge pas à sa tradition, qui est aussi sa raison d’être, celle de promouvoir les réflexions sur le droit et les institutions africains. Au-delà de la diversité des thématiques abordées, le présent numéro se singularise sur deux aspects. Le premier illustre une dimension importante de l’évolution du droit dans les États africains : la prise en compte de la vulnérabilité. A dire vrai, il s’agit précisément des vulnérabilités ; celles tenant au sexe et à l’âge des personnes. A côtés des politiques publiques orientées vers la promotion des droits de la femme, s’est imposée, dans certaines législations pénales en Afrique, une politique criminelle visant à réprimer les infractions commises en raison du sexe des personnes. Le Bénin s’érige en pionnier de cette tendance à la répression de la criminalité en raison du sexe des victimes. Par ailleurs, la place réservée aux personnes âgées dans les sociétés traditionnelles africaines nourrit un paradoxe au regard de l’absence d’une politique juridique les concernant. Cependant, les choses évoluent depuis quelques temps, bien que le rythme semble variable d’un État à un autre. Au Niger, la personne âgée constitue une figure paradoxale du droit : socialement valorisée au titre des représentations culturelles et coutumières, elle demeure juridiquement vulnérable, faute d'un cadre normatif cohérent et effectif assurant sa protection. Au Congo, l’adoption de la loi relative à la protection et à la promotion des droits de la personne âgée en 2025 constitue une étape décisive vers la reconnaissance d’un véritable statut juridique de la personne âgée. Le second aspect est relatif à la place de la jurisprudence. A l’exemple du jeune docteur Savatier en 1920, chargé de cours à la faculté de droit de Poitiers, annotateur des arrêts de la ville éponyme, la signature des collègues sur les décisions de justice des juridictions congolaise et tchadienne apparaît dans ce premier numéro de 2026 comme le premier pas vers une carrière d’« arrêtistes ». A l’heure où, ailleurs, le commentaire d’arrêt semble perdre de son importance, nos arrêtistes du cru se sont sans doute souvenus de cette heureuse exhortation du doyen Carbonnier, orfèvre de la note d’arrêt : « Il est assez indiqué de faire son apprentissage de chasseur sur le gibier de son village ».
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